Avez-vous déjà remarqué que les gens refusent souvent les suggestions de nouvelles manières de faire? Moi y compris. On commence par voir toutes les raisons pour lesquelles ça ne pourrait pas fonctionner. Il y a une certaine sécurité dans l’ordre établi, je présume.

Par exemple, si je propose d’instaurer un système de compostage dans mon milieu de travail, on me dira automatiquement que ça va sentir mauvais, que c’est compliqué, que personne ne va vouloir s’en occuper.

L’écoute empathique peut ici être très utile pour poursuivre le dialogue : en entendant les besoins qui s’expriment par ces objections, j’ai plus de chance de créer de l’ouverture chez les autres, pour qu’ils puissent entendre l’aspiration qui motive ma proposition.

Quelque chose de l’ordre de :

– Okay, pour toi c’est important de préserver la simplicité, et puis tu trouves que vous avez déjà assez de pression avec le travail lui-même, quand c’est l’heure du repas, t’as juste envie de souffler. C’est ça?

Également, pour optimiser mes chances de mobiliser les gens autour de mon idée, je gagne à commencer par nommer le sens sous-jacent. Tout le monde a soif de sens. C’est ça qui mobilise.

Voyons la différence entre :

– Je voudrais proposer qu’on mette un bac pour le compostage dans la cuisine.

et

– Je suis préoccupée par la question des déchets, surtout quand je pense que les déchets de table peuvent être transformés en compost qui va fertiliser le sol et servir d’engrais pour des fleurs et des jardins. J’ai envie de contribuer, de faire quelque chose pour être en cohérence avec mes valeurs. On pourra voir les détails ensemble, mais j’ai pensé qu’on pourrait mettre un bac pour le compostage dans la cuisine. Qu’est-ce que ça vous dit?

Et la danse de l’écoute empathique et de l’expression honnête peut reprendre, pour vraiment entendre les aspirations de chacun, en donnant tout autant de place aux miennes, et en faisant des demandes, des propositions concrètes pour amener dans le monde des stratégies qui servent mieux la vie.

Je vais jouer demain soir pour la première fois en public un numéro présentant mon personnage comique, Chlorophylle38. La grano trèèès évoluée et spirituelle qui cherche un gars compatible sur les sites de rencontre. Elle est délirante, je vous jure.

Ça me faisait réfléchir à l’humilité que ça prend, pour s’amener dans le monde avec des idées, des créations, des pratiques nouvelles.

Oui, de l’humilité, parce que si je suis consciente de ce que je ne savais pas il y a cinq ans, je n’ai aucune idée de ce dont je ne suis pas consciente aujourd’hui. N’est-ce pas? Donc, j’avance, sous le regard des autres, qui eux voient probablement en moi des choses que je ne sais pas encore de moi-même. Qui verront très certainement les choses que « j’aurais pu faire mieux ». Parce que je ne peux pas avoir quinze ans de métier la première fois que je fais quelque chose. Et je ne peux obtenir quinze ans de métier qu’en par une première fois.

Des évidences, n’est-ce pas? Des évidences qu’on ne peut incarner qu’avec beaucoup d’humilité. Parce que pour que ma Chlorophylle devienne aussi délirante qu’elle peut l’être, je vais faire d’excellentes performances et des performances ordinaires. Et jcommençant e me le promets, je vais m’accorder tous les soins nécessaires pour être en mesure de persévérer.

Parce que ça a du sens, d’oser débuter, d’oser se montrer en évolution. Ça a du sens parce que ça permet de passer de la rêverie à la réalité. D’être dans le monde, avec les autres, et d’apprendre. C’est ça que j’appelle vivre.

Rendez-vous pour cette première au Bordel, 312, Ontario E, Montréal. Arrivez à 22h, début à 22h30.  5 $ payable à la porte.

 

Ma nièce a reçu une baguette magique pour Noël. Je lui ai dit que moi aussi, je travaillais avec la magie…

J’ai accepté plusieurs contrats de travail alimentaire, récemment. Trop. Au point où, avant Noël, je me disais que j’allais devoir travailler tous les jours pendant les Fêtes, même la fin de semaine, même les jours fériés! Je me sentais emportée par ce tourbillon, toutes ces heures à l’ordinateur à donner mon énergie vitale à des projets dont le sens principal était de générer des ressources financières pour soutenir ma création… et la création prenait le bord complètement! Fatiguée, stressée, frustrée, j’ai entendu le discours fataliste qui tournait dans ma tête. Du genre : « Coudonc, je me suis mise dans la merde, je vais endurer jusqu’au bout! »

Puis, je me suis dit : non! Ce n’est pas ce que je veux! C’est absurde! Je veux une vie qui respire, de l’espace pour créer, pour réaliser les projets qui donnent sens à mon existence. Pas dans un mois, mais chaque jour! Parce que c’est la source de ma vitalité et de ma joie de vivre! Et j’ai ouvert mon esprit à ce que les choses se déroulent en cohérence avec cette intention.

Et le soir même, une de mes clientes a communiqué avec moi : elle n’était plus certaine de son projet, elle voulait le mettre de côté pour le moment. Vingt heures de travail de moins dans le temps des Fêtes! Et le lendemain, en discutant avec une autre cliente qui avait elle-même pris l’initiative de communiquer avec moi pour voir comment ça se passait, nous avons vu la possibilité de refiler certaines tâches à une collègue qui avait manifesté son souhait de travailler davantage.

Mon temps des Fêtes s’est libéré quasiment tout seul. Je n’ai rien fait d’autre que de prendre conscience de mon fatalisme et réaffirmer mon intention.

Une amie m’a transmis cette année l’enseignement « Tao does nothing, and nothing is left undone » (quelque chose comme « Le Tao ne fait rien, et il n’y a rien qui ne soit pas fait”). J’y comprends une invitation à laisser les « problèmes » un tout petit peu en suspens, pour me mettre à l’écoute des courants de la vie qui me dépassent et vont agir au-delà de mon agitation intérieure ou manifeste. Et il semble que oui, en affirmant quelles qualités je souhaite voir mon expérience revêtir (en CNV, on parlerait de l’essence, de l’énergie des besoins), ça syntonise en quelque sorte la fréquence qui va porter à la fois ma petite personne et tant d’autres éléments, pour mettre en place d’une façon exquise quelque chose que je n’aurais jamais pu aussi bien organiser toute seule… Et pour le bout qui est à faire moi-même, dans le concret, ça aide de savoir dans quelle direction je veux aller.

Je transpose ceci à l’humanité, qui dans bien dans domaines et bien des endroits s’est mise dans de terribles merdiers… Et j’ai de l’espoir. Cocréons un monde qui a du sens

*  * *

Un mot sur les 12 semaines Libérez votre créativité qui vont commencer le 11 janvier, les jeudis matins. Je ne pensais pas donner d’ateliers cet hiver. Les dizaines d’heures de promotion nécessaires pour recruter une poignée de personnes, j’avais envie de les mettre ailleurs, dans la préparation de mon spectacle! Sauf que… une personne m’a appelée, m’a dit qu’elle et une de ses amies aimeraient faire les ateliers. Ah… S’il y a de la demande… J’ai simplement lancé l’événement et à peine publié quelques photos (récupérées d’une campagne précédente!), et voilà, ça a répondu et le groupe va démarrer. Une leçon pour moi sur la persévérance et la confiance en ma « mission ». Quand mes chacals disent que j’ai mis toutes ces heures « pour rien » (pour des ateliers qui n’ont pas eu lieu ou qui n’ont pas été rentables), ils se trompent : je me formais, je précisais mon approche, je me faisais connaître. Je le partage comme un encouragement à la persévérance : chaque pas compte, même quand on ne sait plus pourquoi on le fait! Parfois c’est le temps d’agir, parfois c’est le temps de lâcher prise – et je ne sais pas tout le temps ce qui est juste dans l’instant. Et ce n’est même pas grave, car il y a une magie qui opère au-delà de ce dont j’ai conscience.

Le groupe est pratiquement comblé, mais je considère aller dans un plus grand local au besoin, alors si ça vous intéresse de vivre le processus de 12 semaines Libérez votre créativité en groupe, le jeudi matin, faites-moi signe rapidement! Ça commence le 11 janvier.

Je vous souhaite un passage à la nouvelle année pleine de magie! La vraie, celle qui se met en place d’elle-même quand on lui dit oui!

 

 

 

J’écoutais cette semaine la vidéo d’Isabelle Padovani Je ne suis pas une girafe, et je goûtais particulièrement l’expression « Laisser pisser le chacal ». Dans mes mots à moi, ça revient à dire que les parties de nous, tout comme les personnes en chair et en os, n’ont parfois nullement envie de se faire dire « Est-ce que tu te sens… parce que tu as besoin de… ». Elles ont seulement besoin de s’exprimer, dans la liberté d’être! N’y a-t-il pas effectivement quelque chose de réjouissant et de libérateur à se laisser dire toutes les énormités et les jugements qui nous habitent par rapport à une situation (quand on le fait dans un contexte qui honore nos aspirations au respect et à la sécurité, donc pas directement aux personnes concernées!)?

Donc, aujourd’hui, j’ai beaucoup de joie à partager un petit chacal un peu irrité! (Mais si peu, au fond… sachez que mes chacals sont en général autrement violents. C’est juste que ceux-là, je les laisse s’exprimer dans des lieux plus sûrs que le Grand Méchant Web.)

* * *

Je ne sais pas pour vous, mais parfois je soupire d’exaspération en entendant des formules toutes faites, que ce soit dans les répliques d’un film, dans les conversations de la vie de tous les jours ou dans les messages publicitaires.

Je suis agacée d’entendre « brailler sa vie » ou « danser sa vie» dès que c’est un peu intense. C’est comme crier au loup : à force d’intensité systématique, je n’y crois plus.

Je lisais tantôt sur une pub : « Vos enfants s’amuseront follement tout en apprenant! »

Ça ne vous donne pas envie de vomir? Est-ce qu’on ne peut pas juste laisser les enfants s’amuser, point? Ou s’emmerder, de temps en temps? Ça me rejoindrait plus, une pub qui dirait : « C’est un genre de jeu. Genre pas pire. » Ça suffit de s’injecter du rose bonbon à chaque séance d’annonces! Heureusement pour moi, je n’ai pas la télé!

Avec le temps des Fêtes, il y a de cette surenchère d’impératifs… Il faut vivre la magie, il faut célébrer avec ceux qu’on aime, il faut retrouver le vrai sens des Fêtes, alouette!

Ça donne juste envie d’aller m’enfermer dans une cabane au fond du bois. Ou à tout le moins de me coucher à 21h tous les soirs jusqu’à la Saint-Valentin, sans faire aucun effort de célébration.

Parce que pour vivre de la magie, il faut un terrain propice. Peut-être même un peu d’ennui. Quelque chose de sainement plate, qui fait que quand quelque chose se met à briller, ça crée en nous un réel émoi.

Pas un mouvement un peu forcé d’une partie de nous qui se dit qu’il faudrait bien qu’elle s’émerveille, en ce moment, parce que si elle était dans un film d’Hollywood, il y aurait à ce moment-là une musique et une réplique touchantes…

Bref, dans un monde de surstimulation, la tranquillité a quelque chose de magique, par contraste. Non?

Soyons plates! Ennuyons-nous! Après, on pourra peut-être commencer à s’amuser pour vrai.

Dans un moment où je vivais un malaise généralisé, j’ai cherché à établir les faits déclencheurs. J’arrivais surtout à des « faits » en « ne pas » : plusieurs personnes, tant dans ma vie personnelle que professionnelle, n’avaient pas répondu à un message de ma part (courriel, téléphonique ou texto). Si j’établissais uniquement des faits positifs, j’obtenais la liste des messages que j’avais envoyés. Sans plus.

Toutes les « absences de réponse » signalaient en fait mon attente d’une stratégie particulière. Le rêve de quelque chose qui nourrirait mes besoins. Oui, pour chaque message envoyé, il y avait un attachement plus ou moins fort à la stratégie « réponse de l’autre » pour nourrir des besoins parfois de clarté, parfois de confiance ou de sécurité, de lien ou, disons-le, d’amour !

En me rendant compte de cela, en constatant l’attachement parfois intense à une stratégie particulière, et en revenant aux besoins sous-jacents 100 % chez moi, je pouvais faire un peu de place et détourner mon attention de « l’autre qui ne répond pas » pour regarder quelles demandes je pouvais faire (à moi ou aux autres) pour m’occuper de mes besoins.

Je pouvais relancer certaines des personnes, en mentionnant quel besoin serait comblé par une réponse de leur part. Par exemple, si c’était à une personne qui fait de la CNV ou qui peut tolérer le « langage girafe classique » : « Salut ! Je me rends compte qu’une réponse de ta part à ma proposition de rendez-vous téléphonique nourrirait vraiment en moi la clarté et la confiance. Aurais-tu l’élan de me revenir là-dessus aujourd’hui ? » OU, en des mots de « girafe de rue » : « Salut, je me rends compte que ça m’aiderait à voir clair si tu me revenais sur ma proposition de rendez-vous téléphonique. Pourrais-tu juste me dire aujourd’hui si ça marche pour toi ? »

Ici, le point important, c’est que la demande, en CNV, est OUVERTE. Donc négociable. Donc, ça se peut que l’autre ne soit pas en mesure d’y répondre, que pour toutes sortes de raisons liées à ses besoins 100 % chez lui, il ne réponde pas plus à cette relance qu’à mon courriel initial. Je peux choisir, dans l’intention de vivre plus de connexion, de l’appeler au lieu de lui écrire. Mais s’il ne répond pas ?

Je fais quoi, avec mes besoins de collaboration, de confiance, de connexion, de sécurité, de lien, d’amour ? Justement : quels moyens autres que « réponse de l’autre » puis-je mettre en place pour m’occuper de mes besoins ? À ce moment-là, les parts de moi ont souvent un grand besoin d’empathie, pour faire le deuil de leur stratégie préférée. Et quand l’émotion est intense devant une absence de réponse de l’autre, ça me signale que ce sont de très vieilles blessures, très douloureuses, qui sont stimulées ; et que ces parts de moi ont un grand besoin de soins, de douceur, de soutien et de respect. Elles ont besoin qu’on prenne la mesure de leur douleur.

En dirigeant mon attention vers mes besoins et en prenant des mesures concrètes pour les nourrir (par exemple demander de l’empathie à d’autres personnes, une ressource professionnelle s’il le faut, écrire dans mon journal, faire une promenade en nature, prendre un bain chaud, utiliser les outils que je connais pour revenir à la présence), je reprends le pouvoir sur ma vie. Et c’est comme si ça libérait le canal entre moi et l’autre…

Car je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je suis dans l’attente, je ne reçois pas ce que j’attends. C’est comme si l’attente, c’était carrément du besoin en manque. Du besoin qui exige de l’autre quelque chose (même en silence, même à des kilomètres de distance !). Et l’exigence, ça ne suscite pas l’élan du cœur. Quand je nourris mes besoins autrement, souvent l’autre personne se manifeste, comme si elle avait alors de la place pour le faire librement.

Si ça vous interpelle, je vous recommande cet article sur les caractéristiques des demandes CNV. Un art à exercer pour rendre nos vies plus merveilleuses !

J’étais furieuse après l’appel d’une certaine personne avec qui j’ai une relation d’affaires distante. Elle s’occupait pour moi de quelque chose avec une telle diligence qu’elle avait raccroché… trop vite au goût de mes chacals. L’un d’eux se disait: « Elle a raccroché avant que j’aie eu le temps de parler! » et les autres enchaînaient avec une suite de paroles peu flatteuses à son égard et d’affirmations du genre: « Je ne me laisserai pas traiter comme ça! » En plus, disaient les chacals, elle avait commencé l’appel sans dire bonjour, en me posant tout de suite sa question!

Cette fois-là, j’ai vu que j’avais le choix d’embarquer dans le train de la fureur, et j’ai eu la possibilité de le laisser passer. Je me suis demandé quels étaient les faits, au fond (1er élément du modèle de la Communication non violente: l’observation des faits).

« Cette personne a raccroché avant que j’aie eu le temps de parler ». Est-ce un fait? Hum… Une caméra ou un micro auraient capté quoi? Mon téléphone a enregistré qu’il y avait eu un appel de 47 secondes. Voilà le fait. « Elle a commencé l’appel sans me dire bonjour »? Le fait: elle a commencé l’appel en me posant sa question. Le reste, ce sont des interprétations, les récriminations de chacals en colère dont les besoins ne sont pas nourris dans la situation (2e et 3e éléments de la CNV: les sentiments et les besoins en cause). Déjà, rétablir les faits dégonfle la colère, très bien alimentée par les histoires que je me racontais.

Cette colère, elle signalait quels besoins? Empathie, avoir une place, espace, simplement être, connexion.

Au fond, les expressions « sans » et « avant que » indiquaient mes attentes, et non des faits. Qui sont ni plus ni moins mes stratégies préférées pour répondre à ces besoins. Ma préférence est nette : une conversation avec des allers-retours, chacun qui parle à son tour, des moments de silence pour ressentir ce qui se passe. S’agissait-il d’une attente réaliste avec la personne en cause dans cette histoire: non.

Alors j’avais un humble choix à faire: celui de renoncer à l’histoire que je me racontais, à savoir que j’avais été offensée, de renoncer à croire que j’avais raison et l’autre tort; ou de continuer à croire que ces chacals, qui vivaient une forte intensité de colère envers l’autre, ils étaient « moi ».

Cette fois-là, j’ai pu choisir ce changement de perception suscité par l’observation des faits, de mes sentiments, de mes besoins et de mes stratégies préférées. J’étais complètement apaisée.

Et le quatrième élément de la CNV? Une demande concrète, réaliste, positive, précise et ouverte (c’est-à-dire négociable, au contraire d’une exigence). Dans cette situation, j’ai choisi sur l’instant de ne pas faire de demande à l’autre personne. Je me suis plutôt invitée moi-même à voir qu’elle n’était pas alors en mesure de répondre à mes besoins d’empathie, qu’elle ne faisait rien “contre moi”, qu’elle tentait seulement, de son mieux, de répondre à ses besoins. Un changement de perspective qui a nourri ma sécurité, la cohérence avec mes valeurs, le besoin d’avoir du pouvoir sur ma vie. Ça m’a désidentifiée de la partie de moi dont le comportement s’apparentait à insister pour commander un smoothie vert bio dans une cantine à patates: ça ne fait pas partie de son menu, le propriétaire n’en a peut-être jamais entendu parler — stratégie vouée à l’échec. Mieux vaut accepter un sandwich aux tomates ou choisir un autre restaurant!

Mais encore, la CNV m’enseigne que je peux être créative, qu’il y a un infinité de stratégies (des demandes à moi ou à l’autre) que je peux proposer pour cocréer avec les autres un monde satisfaisant. Je peux choisir de communiquer avec cette personne uniquement par courriel ou mettre fin à ce lien d’affaires… ou oser mettre sur le tapis le sujet de la communication? Maintenant que j’ai désintriqué le besoin et la stratégie, depuis cet espace de liberté où j’invite l’autre personne à vivre avec moi plus d’empathie, d’espace, d’écoute, je pourrais lui demander un petit quelque chose de précis, par exemple: « Pour que j’aie une place dans l’échange, seriez-vous d’accord, lors de nos conversations, avant de raccrocher, pour me demander si j’ai quelque chose à ajouter? »

C’est l’extraordinaire pouvoir de la demande: assumer la responsabilité de ma vie, me manifester à l’autre dans la relation en proposant quelque chose qui me rendrait la vie plus merveilleuse. Parce que les cantines, si on leur en fait la proposition, offriront peut-être un jour des smoothies vert bio en plus des bonnes patates graisseuses! Pourquoi pas?

 

 

La posture empathique à laquelle nous invite la communication consciente repose sur une conviction importante : la personne en face de moi a toutes les ressources nécessaires pour répondre à ses besoins.

C’est lié de près à la distinction entre les besoins et les stratégies. Les besoins étant une traction vitale, une énergie vivante à l’intérieur de nous, ils ne dépendent ni d’une personne, ni d’un lieu, ni d’un objet (plusieurs formulations du langage courant telles que « j’ai besoin que tu fasses ceci », « j’ai besoin d’aller à la bibliothèque », « j’ai besoin de mon ordinateur », illustrent en fait des stratégies). Les besoins sont un carburant propre à nous propulser vers des moyens d’aller dans la direction de la saveur particulière de l’instant : affirmation, sécurité, sens, beauté, connexion, compréhension, solidarité, protection, etc.

Les stratégies pour répondre aux besoins sont illimitées.

Crédit photo: Valeria Boltneva de Pexels

Disons que devant une personne qui regarde ailleurs que vers moi, je me sens frustrée parce que cela ne nourrit pas mon besoin de connexion. Si je suis consciente que c’est ça qui se passe, je peux assumer la responsabilité de mon besoin en choisissant par exemple de :

  • me donner de l’empathie minute en me reliant à la part de moi qui vit cette frustration, qui a comme préférence d’échanger un regard avec l’autre (cette autoempathie nourrit déjà le besoin de connexion, connexion de moi à moi).
  • tenter d’établir le lien avec l’autre personne ; selon le contexte, en faisant une blague, en parlant de la température, en lui demandant ce qui se passe pour elle, en parlant de ce qui se passe pour moi, en la touchant, etc.
  • choisir de vivre de la connexion avec une autre personne (ou avec un animal) en passant un coup de téléphone, en allant dans un autre endroit, ou même en pensée, en me reliant à une figure bienveillante.
  • aller dans la nature pour goûter à mon interdépendance avec les autres éléments de l’écosystème, et ainsi vivre de la connexion.
  • etc.!

S’il est vrai que mon besoin ne dépend pas de l’autre, c’est aussi vrai pour la personne en face de moi. En posture empathique, je prends le parti de faire confiance que la personne en face de moi a toutes les ressources nécessaires pour répondre à ses besoins. Que la présence empathique que je peux offrir suffit à créer les conditions pour qu’elle accède à sa vérité et à ses ressources.

Ce qui veut dire que je n’essaie pas trouver une solution à « ses problèmes », ni même de lui montrer quels sont ses sentiments et ses besoins. La posture empathique implique que je ne suis pas en mode « je sais mieux que toi, je vais t’aider, je vais te montrer ». Je suis juste « avec » ce qui se déploie en l’autre, dans l’instant présent. Et quand un être humain reçoit ce type d’attention bienveillante, il a plus de chance de faire un bout de chemin vers la responsabilité et l’empowerment.

En terminant : la présence empathique n’est pas un « impératif moral » (du genre : « il faut adopter la posture empathique ! »). C’est simplement une possibilité qui ouvre des portes (« Les mots sont des fenêtres…. » comme dans le titre français du livre de Marshall Rosenberg). Une ressource à laquelle je choisis de revenir dès que j’en ai les moyens, parce que ça goûte l’espace, la sérénité, l’ouverture. Et quand je n’en ai pas les moyens : vite, une stratégie pour remplir ma bonbonne d’empathie !

Dans un monde qui valorise le dépassement de soi, l’expression « sortir de sa zone de confort » est passée dans le langage courant. Et si, pour pouvoir vivre l’expansion créatrice à laquelle on aspire, il fallait d’abord goûter à sa zone de sécurité ?

Julia Cameron, dans Libérez votre créativité, nous invite à considérer la partie créative de nous comme un petit enfant. Cette analogie fonctionne très bien pour moi. En fait, ce n’est pas de l’abstraction, c’est une réalité énergétique. Je la sens, cette petite en moi, qui trouve plein de choses très intéressantes, très drôles. Qui a envie de s’amuser, de jouer. C’est elle qui s’est mise à vibrer de joie quand j’ai vu l’annonce du cours d’acrobatie et trampoline à l’école de cirque. Je conçois très bien que ce soit elle qui fournisse l’énergie pour dessiner, écrire des histoires, chanter, danser…

Et parfois – souvent ! — elle a peur.

Il est intrigant, ce monde, mais il est aussi effrayant. Et il y a toutes sortes de choses qui arrivent, quand on se lance à faire de nouvelles choses ou qu’on montre aux autres nos « beaux dessins » : de l’indifférence, des critiques, des refus, de l’incompréhension. Quand je prends des cours de trapèze ou d’acrobatie, je ne suis pas vraiment « bonne ». Je ne suis qu’une débutante, alors que mon artiste, elle, aimerait dès le premier cours se qualifier pour le Mondial de gymnastique ! Même chose pour l’écriture : j’ai mis des années à sortir mon premier roman, parce que ça devait être le prix Nobel ou rien ! Le test de la réalité peut être un choc, surtout quand l’enfant intérieur a été refoulé, qu’il a beaucoup rêvé, mais peu expérimenté. Alors, comme un escargot dont on touche les antennes, il se recroqueville. Et c’est très important d’avoir une coquille où digérer ces nouvelles informations qui stimulent beaucoup sa sensibilité.

Un petit enfant, quand il a peur, il se cache dans les bras de maman (ou papa). Alors il s’agit de devenir soi-même le parent sécurisant de notre enfant artiste. Pour que notre créativité soit en mesure de s’exprimer, l’artiste en nous doit avoir l’assurance qu’il pourra revenir en lieu sûr et être accueilli, dorloté, aimé tel quel. Un espace où on écoutera les histoires terrifiantes qu’il se raconte sur le monde, où on entendra ce qu’il vit avant de lui expliquer, doucement, qu’il peut aussi voir les choses autrement. Je peux écouter la douleur de mon artiste d’être à peine capable de faire la roue, d’avoir un cours de retard sur les autres ; entendre son aspiration à vivre avec les pirouettes la même aisance qu’elle a avec les mots… Et lui exprimer l’admiration que je ressens quand je vois qu’elle persévère à suivre ses élans, à vivre son authenticité et à la partager avec les autres. Et ce lien d’amour crée la sécurité intérieure qui permet d’aller jouer dans le monde et d’expérimenter l’art et la vie. (Bien sûr, le Censeur est toujours présent – comment composer avec lui fera l’objet d’un autre article et d’un atelier, le 24 octobre – voir le calendrier).

Ça m’arrive chaque fois. Chaque fois que je suis un peu visible, que j’exprime de l’expansion créative par un article, un événement, un spectacle : après, il y a de la contraction. Connaître le phénomène, avoir conscience de ce besoin de sécurité et de soins me permet d’agir en conséquence. Et de continuer à contribuer au monde avec ma créativité.

Si vous avez envie d’expérimenter cet aspect de la créativité, bienvenue à l’atelier du mardi le 17 octobre.

La zone de sécurité pour mieux créer

Mardi 17 octobre
18 h 30 à 20 h 30
Montréal (local à déterminer selon le nombre d’inscriptions – près d’un métro)
30 $ taxes incluses (25 $ si étudiant ou sans emploi)
Pour vous inscrire: virement Interac à info@jacinthelaforte.com ou par chèque ou argent comptant le soir même.

Important: inscription requise avant 18 h la veille de l’atelier.

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Pendant des années, je me suis sentie déchirée.

Comme jeune adulte, j’avais baigné dans l’univers altermondialiste qui plaçait le changement social en haut de l’échelle de valeur. Mais j’étais habitée de grandes souffrances personnelles qui avaient besoin de beaucoup de soins et d’un type d’attention qu’elles ne recevaient dans ce milieu… Alors j’ai passé des années à m’occuper de mon « développement personnel », une expression qui goûtait la honte depuis mon regard « altermondialiste », et, si j’osais y ajouter le qualificatif « spirituel », c’était encore pire… Je me suis donc pratiquement retirée du milieu du changement social, à cause de ce jugement perçu et intériorisé (projeté, au fond).

Et à travers ça, je pratiquais mon art, l’écriture, de mon mieux. Mon art qui sans forcer est naturellement porté sur des questions sociales (mon roman Cité carbone, par exemple!), parce que malgré mon « égoïste » démarche individuelle, le monde continuait de m’interpeller ! Un pied dans la guérison personnelle, un pied dans la création, le coeur tiré vers le changement social, je tentais de coudre une douloureuse courte-pointe avec des points de suture.

Je vis aujourd’hui une immense célébration. La célébration de l’intégration de ces trois aspects : le personnel, l’artistique et le social. Car montrez-moi les frontières ! Elles n’existent pas.

Prendre soin de ce qui se passe en moi, c’est politique : ça me rend plus capable d’interagir avec les autres et, à un moment donné, d’être capable d’intervenir dans ma communauté, dans mon monde. Prendre soin de ce qui se passe en moi, ça me permet de créer. Créer, c’est une contribution à l’évolution du monde, sur les plans personnel et politique, parce que l’art offre un autre regard, nous donne de la distance, de la conscience, de la présence.

Tout le mouvement de l’art communautaire ou art social s’inscrit d’ailleurs dans cette perspective d’ouverture. Inclure dans plusieurs domaines et à toutes sortes de « catégories de personnes » le processus créatif qui, en transformant la matière, nous transforme. La créativité, c’est la force même de la vie et nous gagnons à y revenir, comme individus et comme société !

La démarche Libérez votre créativité  de Julia Cameron allie merveilleusement la guérison et la création.  Et la Communication non violente, nommée ainsi par Marshall Rosenberg pour souligner la parenté de sa démarche avec celle de Gandhi, ajoute aussi l’aspect social : profondément transformatrice au niveau personnel, elle permet une ouverture de la conscience de notre interdépendance et nous donne des moyens d’agir avec les autres et dans le monde d’une façon extrêmement créative.

La courte-pointe n’a pas besoin d’être cousue: c’est un tissu dynamique où tout est déjà relié.

Le tissu de la vie.