Pendant mon confinement montréalais, alors que je rêvais d’espace, j’ai vu l’annonce d’une chambre libre dans une petite communauté intentionnelle en Estrie : une colocation à six dans une maison, avec un grand jardin, des poules et un projet d’expérimentation sociale et écologique et de partage de savoirs avec la communauté.

J’ai sauté.

Je n’aurais pas eu les moyens humains et relationnels de vivre une telle expérience, il y a seulement quelques années. Mais aujourd’hui, je la vis avec beaucoup de bonheur. 

Jacinthe Laforte dans son jardin

C’est drôle, mon nouveau milieu de vie évoque un peu l’univers de mon premier roman, Cité carbone.

Ça confirme ma croyance que les rêves se réalisent, en essence, même si la forme et le contexte peuvent être différents. Ça prend seulement un peu de temps (et du soutien, de l’alignement, de la confiance, des deuils, de l’adaptation, de l’évolution, de l’intuition, etc.)

Après un printemps en tourbillon de séances virtuelles (Croisières de communication bienveillante et cours d’art dramatique aux enfants d’une école primaire) je me suis accordé des VACANCES! Sans avoir à aller nulle part, le jardin, la forêt et la rivière étant à proximité…

Pour la montréalaise, quelle joie! Mon enfant intérieure qui court, libre, parmi les herbes hautes et les fleurs. 

Bref: je suis ressourcée et je travaille en ce moment à mes prochaines contributions au monde! J’ai envie de partager toute la richesse qu’il m’est donné de goûter, depuis mon petit paradis, un peu à l’écart du monde si affecté par le contexte actuel.

 En fait, ça me semble une responsabilité que de partager les processus qui font que mon bonheur au sein d’un “nous” peut être une réalité. (Je définirais aujourd’hui le bonheur comme une sérénité de fond, malgré qu’il y ait bien sûr toutes sortes de tensions dans la vie quotidienne!)

À bientôt pour la suite de ce que j’ai à proposer comme nourriture pour l’âme et le coeur! (Et si toi, tu trouves ça quétaine, voudrais-tu passer le message à ton enfant intérieur? Merci!)

Comme je vous l’avais promis la semaine dernière, j’ai fait une vidéo! Et même deux!

On m’a suggéré de parler du syndrôme de l’imposteur et je me suis dit:  “Mais je suis qui, moi, pour faire une vidéo sur le syndrôme de l’imposteur!!!” J’ai donc conclu que j’étais pleinement qualifiée pour le faire! Ah! ah!

La première vidéo présente différentes perspectives qui m’aident à voir les choses différemment et à avancer quand je suis aux prises avec le syndrôme de l’imposteur.

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On m’a aussi suggéré de parler du processus consistant à accuellir les différentes partie de nous, ce que je fais dans la deuxième vidéo, en allant à la rencontre de la part de moi qui vit le syndrôme de l’imposteur.

[embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=OnORkA2OLoQ[/embedyt]

Pour moi, les deux approches sont utiles. Dans le feu de l’action, recadrer mes pensées et changer ma manière de voir les choses me permet de passer à l’action, d’accepter les invitations et de faire les suivis pour les projets qui de toute évidence sont terrifiants pour certaines parts de moi qui me crient que je ne suis pas capable de faire ça. Par ailleurs, prendre le temps d’aller à la rencontre de la part de moi qui a peur, c’est une façon de nourrir une relation d’amour avec elle, ce qui nourrit ses besoins (notamment de sécurité) et qui, à court, moyen et long terme, me donne de la solidité pour faire face à l’arc-en-ciel d’émotions qui vient avec le fait d’être créative, sensible, et de me manifester dans le monde!

Bon visionnement! Et n’hésitez pas à me faire vos suggestions pour d’autres thèmes d’articles ou de vidéos!

Merci à  la Maison de l’écrivain de Trois-Pistoles qui m’a gracieusement prêté son salon pour filmer mes vidéos. Il s’agit de décors de téléromans de Victor-Lévy Beaulieu. Un lieu inspirant, mais on n’en voit pas grand-chose dans la vidéo, alors il va falloir que alliez faire votre tour! (Cliquez ici pour en savoir plus sur la Maison de l’écrivain et participer à sa campagne de sociofinancement.)

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Avez-vous déjà remarqué que les gens refusent souvent les suggestions de nouvelles manières de faire? Moi y compris. On commence par voir toutes les raisons pour lesquelles ça ne pourrait pas fonctionner. Il y a une certaine sécurité dans l’ordre établi, je présume.

Par exemple, si je propose d’instaurer un système de compostage dans mon milieu de travail, on me dira automatiquement que ça va sentir mauvais, que c’est compliqué, que personne ne va vouloir s’en occuper.

L’écoute empathique peut ici être très utile pour poursuivre le dialogue : en entendant les besoins qui s’expriment par ces objections, j’ai plus de chance de créer de l’ouverture chez les autres, pour qu’ils puissent entendre l’aspiration qui motive ma proposition.

Quelque chose de l’ordre de :

– Okay, pour toi c’est important de préserver la simplicité, et puis tu trouves que vous avez déjà assez de pression avec le travail lui-même, quand c’est l’heure du repas, t’as juste envie de souffler. C’est ça?

Également, pour optimiser mes chances de mobiliser les gens autour de mon idée, je gagne à commencer par nommer le sens sous-jacent. Tout le monde a soif de sens. C’est ça qui mobilise.

Voyons la différence entre :

– Je voudrais proposer qu’on mette un bac pour le compostage dans la cuisine.

et

– Je suis préoccupée par la question des déchets, surtout quand je pense que les déchets de table peuvent être transformés en compost qui va fertiliser le sol et servir d’engrais pour des fleurs et des jardins. J’ai envie de contribuer, de faire quelque chose pour être en cohérence avec mes valeurs. On pourra voir les détails ensemble, mais j’ai pensé qu’on pourrait mettre un bac pour le compostage dans la cuisine. Qu’est-ce que ça vous dit?

Et la danse de l’écoute empathique et de l’expression honnête peut reprendre, pour vraiment entendre les aspirations de chacun, en donnant tout autant de place aux miennes, et en faisant des demandes, des propositions concrètes pour amener dans le monde des stratégies qui servent mieux la vie.

Dans un moment où je vivais un malaise généralisé, j’ai cherché à établir les faits déclencheurs. J’arrivais surtout à des « faits » en « ne pas » : plusieurs personnes, tant dans ma vie personnelle que professionnelle, n’avaient pas répondu à un message de ma part (courriel, téléphonique ou texto). Si j’établissais uniquement des faits positifs, j’obtenais la liste des messages que j’avais envoyés. Sans plus.

Toutes les « absences de réponse » signalaient en fait mon attente d’une stratégie particulière. Le rêve de quelque chose qui nourrirait mes besoins. Oui, pour chaque message envoyé, il y avait un attachement plus ou moins fort à la stratégie « réponse de l’autre » pour nourrir des besoins parfois de clarté, parfois de confiance ou de sécurité, de lien ou, disons-le, d’amour !

En me rendant compte de cela, en constatant l’attachement parfois intense à une stratégie particulière, et en revenant aux besoins sous-jacents 100 % chez moi, je pouvais faire un peu de place et détourner mon attention de « l’autre qui ne répond pas » pour regarder quelles demandes je pouvais faire (à moi ou aux autres) pour m’occuper de mes besoins.

Je pouvais relancer certaines des personnes, en mentionnant quel besoin serait comblé par une réponse de leur part. Par exemple, si c’était à une personne qui fait de la CNV ou qui peut tolérer le « langage girafe classique » : « Salut ! Je me rends compte qu’une réponse de ta part à ma proposition de rendez-vous téléphonique nourrirait vraiment en moi la clarté et la confiance. Aurais-tu l’élan de me revenir là-dessus aujourd’hui ? » OU, en des mots de « girafe de rue » : « Salut, je me rends compte que ça m’aiderait à voir clair si tu me revenais sur ma proposition de rendez-vous téléphonique. Pourrais-tu juste me dire aujourd’hui si ça marche pour toi ? »

Ici, le point important, c’est que la demande, en CNV, est OUVERTE. Donc négociable. Donc, ça se peut que l’autre ne soit pas en mesure d’y répondre, que pour toutes sortes de raisons liées à ses besoins 100 % chez lui, il ne réponde pas plus à cette relance qu’à mon courriel initial. Je peux choisir, dans l’intention de vivre plus de connexion, de l’appeler au lieu de lui écrire. Mais s’il ne répond pas ?

Je fais quoi, avec mes besoins de collaboration, de confiance, de connexion, de sécurité, de lien, d’amour ? Justement : quels moyens autres que « réponse de l’autre » puis-je mettre en place pour m’occuper de mes besoins ? À ce moment-là, les parts de moi ont souvent un grand besoin d’empathie, pour faire le deuil de leur stratégie préférée. Et quand l’émotion est intense devant une absence de réponse de l’autre, ça me signale que ce sont de très vieilles blessures, très douloureuses, qui sont stimulées ; et que ces parts de moi ont un grand besoin de soins, de douceur, de soutien et de respect. Elles ont besoin qu’on prenne la mesure de leur douleur.

En dirigeant mon attention vers mes besoins et en prenant des mesures concrètes pour les nourrir (par exemple demander de l’empathie à d’autres personnes, une ressource professionnelle s’il le faut, écrire dans mon journal, faire une promenade en nature, prendre un bain chaud, utiliser les outils que je connais pour revenir à la présence), je reprends le pouvoir sur ma vie. Et c’est comme si ça libérait le canal entre moi et l’autre…

Car je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je suis dans l’attente, je ne reçois pas ce que j’attends. C’est comme si l’attente, c’était carrément du besoin en manque. Du besoin qui exige de l’autre quelque chose (même en silence, même à des kilomètres de distance !). Et l’exigence, ça ne suscite pas l’élan du cœur. Quand je nourris mes besoins autrement, souvent l’autre personne se manifeste, comme si elle avait alors de la place pour le faire librement.

Si ça vous interpelle, je vous recommande cet article sur les caractéristiques des demandes CNV. Un art à exercer pour rendre nos vies plus merveilleuses !

J’étais furieuse après l’appel d’une certaine personne avec qui j’ai une relation d’affaires distante. Elle s’occupait pour moi de quelque chose avec une telle diligence qu’elle avait raccroché… trop vite au goût de mes chacals. L’un d’eux se disait: « Elle a raccroché avant que j’aie eu le temps de parler! » et les autres enchaînaient avec une suite de paroles peu flatteuses à son égard et d’affirmations du genre: « Je ne me laisserai pas traiter comme ça! » En plus, disaient les chacals, elle avait commencé l’appel sans dire bonjour, en me posant tout de suite sa question!

Cette fois-là, j’ai vu que j’avais le choix d’embarquer dans le train de la fureur, et j’ai eu la possibilité de le laisser passer. Je me suis demandé quels étaient les faits, au fond (1er élément du modèle de la Communication non violente: l’observation des faits).

« Cette personne a raccroché avant que j’aie eu le temps de parler ». Est-ce un fait? Hum… Une caméra ou un micro auraient capté quoi? Mon téléphone a enregistré qu’il y avait eu un appel de 47 secondes. Voilà le fait. « Elle a commencé l’appel sans me dire bonjour »? Le fait: elle a commencé l’appel en me posant sa question. Le reste, ce sont des interprétations, les récriminations de chacals en colère dont les besoins ne sont pas nourris dans la situation (2e et 3e éléments de la CNV: les sentiments et les besoins en cause). Déjà, rétablir les faits dégonfle la colère, très bien alimentée par les histoires que je me racontais.

Cette colère, elle signalait quels besoins? Empathie, avoir une place, espace, simplement être, connexion.

Au fond, les expressions « sans » et « avant que » indiquaient mes attentes, et non des faits. Qui sont ni plus ni moins mes stratégies préférées pour répondre à ces besoins. Ma préférence est nette : une conversation avec des allers-retours, chacun qui parle à son tour, des moments de silence pour ressentir ce qui se passe. S’agissait-il d’une attente réaliste avec la personne en cause dans cette histoire: non.

Alors j’avais un humble choix à faire: celui de renoncer à l’histoire que je me racontais, à savoir que j’avais été offensée, de renoncer à croire que j’avais raison et l’autre tort; ou de continuer à croire que ces chacals, qui vivaient une forte intensité de colère envers l’autre, ils étaient « moi ».

Cette fois-là, j’ai pu choisir ce changement de perception suscité par l’observation des faits, de mes sentiments, de mes besoins et de mes stratégies préférées. J’étais complètement apaisée.

Et le quatrième élément de la CNV? Une demande concrète, réaliste, positive, précise et ouverte (c’est-à-dire négociable, au contraire d’une exigence). Dans cette situation, j’ai choisi sur l’instant de ne pas faire de demande à l’autre personne. Je me suis plutôt invitée moi-même à voir qu’elle n’était pas alors en mesure de répondre à mes besoins d’empathie, qu’elle ne faisait rien “contre moi”, qu’elle tentait seulement, de son mieux, de répondre à ses besoins. Un changement de perspective qui a nourri ma sécurité, la cohérence avec mes valeurs, le besoin d’avoir du pouvoir sur ma vie. Ça m’a désidentifiée de la partie de moi dont le comportement s’apparentait à insister pour commander un smoothie vert bio dans une cantine à patates: ça ne fait pas partie de son menu, le propriétaire n’en a peut-être jamais entendu parler — stratégie vouée à l’échec. Mieux vaut accepter un sandwich aux tomates ou choisir un autre restaurant!

Mais encore, la CNV m’enseigne que je peux être créative, qu’il y a un infinité de stratégies (des demandes à moi ou à l’autre) que je peux proposer pour cocréer avec les autres un monde satisfaisant. Je peux choisir de communiquer avec cette personne uniquement par courriel ou mettre fin à ce lien d’affaires… ou oser mettre sur le tapis le sujet de la communication? Maintenant que j’ai désintriqué le besoin et la stratégie, depuis cet espace de liberté où j’invite l’autre personne à vivre avec moi plus d’empathie, d’espace, d’écoute, je pourrais lui demander un petit quelque chose de précis, par exemple: « Pour que j’aie une place dans l’échange, seriez-vous d’accord, lors de nos conversations, avant de raccrocher, pour me demander si j’ai quelque chose à ajouter? »

C’est l’extraordinaire pouvoir de la demande: assumer la responsabilité de ma vie, me manifester à l’autre dans la relation en proposant quelque chose qui me rendrait la vie plus merveilleuse. Parce que les cantines, si on leur en fait la proposition, offriront peut-être un jour des smoothies vert bio en plus des bonnes patates graisseuses! Pourquoi pas?

 

 

La posture empathique à laquelle nous invite la communication consciente repose sur une conviction importante : la personne en face de moi a toutes les ressources nécessaires pour répondre à ses besoins.

C’est lié de près à la distinction entre les besoins et les stratégies. Les besoins étant une traction vitale, une énergie vivante à l’intérieur de nous, ils ne dépendent ni d’une personne, ni d’un lieu, ni d’un objet (plusieurs formulations du langage courant telles que « j’ai besoin que tu fasses ceci », « j’ai besoin d’aller à la bibliothèque », « j’ai besoin de mon ordinateur », illustrent en fait des stratégies). Les besoins sont un carburant propre à nous propulser vers des moyens d’aller dans la direction de la saveur particulière de l’instant : affirmation, sécurité, sens, beauté, connexion, compréhension, solidarité, protection, etc.

Les stratégies pour répondre aux besoins sont illimitées.

Crédit photo: Valeria Boltneva de Pexels

Disons que devant une personne qui regarde ailleurs que vers moi, je me sens frustrée parce que cela ne nourrit pas mon besoin de connexion. Si je suis consciente que c’est ça qui se passe, je peux assumer la responsabilité de mon besoin en choisissant par exemple de :

  • me donner de l’empathie minute en me reliant à la part de moi qui vit cette frustration, qui a comme préférence d’échanger un regard avec l’autre (cette autoempathie nourrit déjà le besoin de connexion, connexion de moi à moi).
  • tenter d’établir le lien avec l’autre personne ; selon le contexte, en faisant une blague, en parlant de la température, en lui demandant ce qui se passe pour elle, en parlant de ce qui se passe pour moi, en la touchant, etc.
  • choisir de vivre de la connexion avec une autre personne (ou avec un animal) en passant un coup de téléphone, en allant dans un autre endroit, ou même en pensée, en me reliant à une figure bienveillante.
  • aller dans la nature pour goûter à mon interdépendance avec les autres éléments de l’écosystème, et ainsi vivre de la connexion.
  • etc.!

S’il est vrai que mon besoin ne dépend pas de l’autre, c’est aussi vrai pour la personne en face de moi. En posture empathique, je prends le parti de faire confiance que la personne en face de moi a toutes les ressources nécessaires pour répondre à ses besoins. Que la présence empathique que je peux offrir suffit à créer les conditions pour qu’elle accède à sa vérité et à ses ressources.

Ce qui veut dire que je n’essaie pas trouver une solution à « ses problèmes », ni même de lui montrer quels sont ses sentiments et ses besoins. La posture empathique implique que je ne suis pas en mode « je sais mieux que toi, je vais t’aider, je vais te montrer ». Je suis juste « avec » ce qui se déploie en l’autre, dans l’instant présent. Et quand un être humain reçoit ce type d’attention bienveillante, il a plus de chance de faire un bout de chemin vers la responsabilité et l’empowerment.

En terminant : la présence empathique n’est pas un « impératif moral » (du genre : « il faut adopter la posture empathique ! »). C’est simplement une possibilité qui ouvre des portes (« Les mots sont des fenêtres…. » comme dans le titre français du livre de Marshall Rosenberg). Une ressource à laquelle je choisis de revenir dès que j’en ai les moyens, parce que ça goûte l’espace, la sérénité, l’ouverture. Et quand je n’en ai pas les moyens : vite, une stratégie pour remplir ma bonbonne d’empathie !

Pendant des années, je me suis sentie déchirée.

Comme jeune adulte, j’avais baigné dans l’univers altermondialiste qui plaçait le changement social en haut de l’échelle de valeur. Mais j’étais habitée de grandes souffrances personnelles qui avaient besoin de beaucoup de soins et d’un type d’attention qu’elles ne recevaient dans ce milieu… Alors j’ai passé des années à m’occuper de mon « développement personnel », une expression qui goûtait la honte depuis mon regard « altermondialiste », et, si j’osais y ajouter le qualificatif « spirituel », c’était encore pire… Je me suis donc pratiquement retirée du milieu du changement social, à cause de ce jugement perçu et intériorisé (projeté, au fond).

Et à travers ça, je pratiquais mon art, l’écriture, de mon mieux. Mon art qui sans forcer est naturellement porté sur des questions sociales (mon roman Cité carbone, par exemple!), parce que malgré mon « égoïste » démarche individuelle, le monde continuait de m’interpeller ! Un pied dans la guérison personnelle, un pied dans la création, le coeur tiré vers le changement social, je tentais de coudre une douloureuse courte-pointe avec des points de suture.

Je vis aujourd’hui une immense célébration. La célébration de l’intégration de ces trois aspects : le personnel, l’artistique et le social. Car montrez-moi les frontières ! Elles n’existent pas.

Prendre soin de ce qui se passe en moi, c’est politique : ça me rend plus capable d’interagir avec les autres et, à un moment donné, d’être capable d’intervenir dans ma communauté, dans mon monde. Prendre soin de ce qui se passe en moi, ça me permet de créer. Créer, c’est une contribution à l’évolution du monde, sur les plans personnel et politique, parce que l’art offre un autre regard, nous donne de la distance, de la conscience, de la présence.

Tout le mouvement de l’art communautaire ou art social s’inscrit d’ailleurs dans cette perspective d’ouverture. Inclure dans plusieurs domaines et à toutes sortes de « catégories de personnes » le processus créatif qui, en transformant la matière, nous transforme. La créativité, c’est la force même de la vie et nous gagnons à y revenir, comme individus et comme société !

La démarche Libérez votre créativité  de Julia Cameron allie merveilleusement la guérison et la création.  Et la Communication non violente, nommée ainsi par Marshall Rosenberg pour souligner la parenté de sa démarche avec celle de Gandhi, ajoute aussi l’aspect social : profondément transformatrice au niveau personnel, elle permet une ouverture de la conscience de notre interdépendance et nous donne des moyens d’agir avec les autres et dans le monde d’une façon extrêmement créative.

La courte-pointe n’a pas besoin d’être cousue: c’est un tissu dynamique où tout est déjà relié.

Le tissu de la vie.

On entend généralement par le mot « empathie » le fait de se mettre à la place de l’autre personne, de « marcher dans ses souliers ».

En communication consciente, on précise un peu plus ce qu’on entend par empathie. C’est sur le plan des émotions et des besoins (ou aspirations, motivations profondes), qu’on cherche à voir ce qui se passe pour l’autre. Et pas au niveau de l’histoire qu’il raconte, qui est vraisemblablement la trame de ses interprétations du monde.

Parce que tout comme notre interlocuteur est possiblement « emporté » par son histoire, nous risquons, en nous concentrant sur son récit, de sympathiser avec lui, d’embarquer nous aussi dans ce train. Alors qu’en nous exerçant à une curiosité bienveillante envers les motivations profondes qui s’expriment à travers cette histoire, on revient dans la réalité d’ici et maintenant, là où se trouve le pouvoir de faire des choix pour créer ce qu’on veut vraiment.

Par exemple, quelqu’un me parlait de sa frustration d’attendre une réponse concernant son admissibilité à un programme de formation offert par son employeur. La personne avait plusieurs « chacals » concernant le système qui ne lui donnait pas de renseignements clairs. Un réflexe naturel, c’est de sympathiser, donc de prendre le parti de la personne contre les individus ou les établissements déclencheurs. Ce qui a pour effet de concentrer l’attention de tout le monde sur le déclencheur, qui nous semble alors être la cause du problème, et de nous faire perdre de vue notre pouvoir. J’ai plutôt tenté un petit reflet s’intéressant aux besoins* :

— T’aimerais avoir plus de soutien de la part de ton employeur ?

— Ben non, pas du soutien ! Je veux juste savoir à quoi m’en tenir pour m’inscrire ailleurs pendant qu’il est encore temps, si ça marche pas avec eux !

Et pendant le reste de la conversation, la personne s’est tout naturellement orientée vers la possibilité d’aller se renseigner sur les autres établissements de formation. Ce qu’elle a fait, réalisant qu’elle pouvait s’inscrire ailleurs et annuler son inscription si son employeur lui offrait finalement une formation. Et elle m’a remerciée à deux reprises pour notre conversation « super motivante ».

En d’autres mots, s’intéresser aux besoins dans l’instant présent, ne serait-ce que par notre attention silencieuse, c’est créer de l’espace qui permet à notre interlocuteur de voir plus clair et de pouvoir agir pour répondre à ces aspirations vitales qui criaient à travers l’histoire. C’est notamment en ce sens que c’est “comme de l’oxygène”.

Pour en savoir plus sur la posture empathique proposée par la communication consciente et sur la possibilité de s’offrir à soi-même de l’empathie (autoempathie), bienvenue à cette midi-conférence:

« Comme de l’oxygène ! » Conférence sur l’empathie et l’autoempathie

le mercredi 8 novembre 2017

De 18h30 à 19h30

936, avenue du Mont-Royal Est (coworking Ecto)

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— Je suis vraiment désolée ! Mon réveil n’a pas sonné, et il y avait tellement de travaux que ça que ça m’a pris plus de temps que je pensais, et en plus j’ai eu une crevaison !

Quand je me justifie, est-ce que ça me donne pleine satisfaction ? Explorons la question sous l’angle de la communication consciente.

Le Larousse nous dit que se justifier, c’est « réfuter une allégation, donner des preuves de son innocence ». C’est donc se poser dans un paradigme de culpabilité/innocence, de tort/raison. Une dualité, une lutte desquelles la communication consciente nous invite à sortir.

Si je me justifie d’arriver en retard, qu’est-ce que je recherche au fond ? Quelle émotion et quel besoin sont sous-jacents à mes paroles ? Possiblement que la part de moi qui s’exprime alors se sent désolée, découragée peut-être, ou dépassée, et qu’elle a d’abord et avant tout besoin d’empathie. Et qu’une petite dose d’empathie lui permettrait, à cette part de moi, de voir qu’elle vit peut-être un peu de colère à l’idée de mon agenda si chargé, parce qu’elle a besoin de détente et d’espace pour être, tout simplement.

Ça semble avoir peu de lien avec le réveil qui n’a pas sonné et les travaux qui ont « causé » le retard, n’est-ce pas ? C’est souvent ce qui se passe : le réel besoin peut être en apparence éloigné des circonstances déclencheuses, d’où l’intérêt de se donner de l’autoempathie pour voir clair.

Au fond, la partie de moi qui s’exprime quand je me justifie d’être en retard a peu de chance d’obtenir satisfaction en disant tous ces mots à mon interlocuteur, surtout si ce dernier est en réaction par rapport à mon retard !

D’ailleurs, si je vis de l’inquiétude à l’idée de la réaction de la personne avec qui j’ai un rendez-vous, parce que j’aspire à du respect ou de l’harmonie, ou à quelque chose de l’ordre de la sécurité ou de la confiance, est-ce que je vais obtenir ce que je veux en me justifiant ? C’est drôle : en formulant cela en termes de sentiments et de besoins, je m’éloigne tellement de l’histoire circonstancielle que je ne vois même plus pourquoi je la raconterais !

Mais disons que je n’en suis pas consciente et que je me justifie. J’aurai peut-être une certaine satisfaction de mes besoins si l’autre me dit que ce n’est pas grave, par exemple parce qu’il vient lui-même tout juste d’arriver au point de rendez-vous ! Mais si mon interlocuteur est fâché, une petite dose d’empathie à son égard a plus de chances de nourrir le lien, et du coup la confiance que je recherche, qu’une explication visant à prouver que ce n’est pas de ma faute. Car je ne suis pas la cause de son émotion, je ne suis qu’un déclencheur ! Par exemple :

— Oh, j’arrive avec 20 minutes de retard et je vois que tu as les sourcils froncés. Est-ce que tu es contrarié parce ce que pour toi, si j’étais arrivée à l’heure, ça aurait davantage goûté le respect ?

En peu de mots, j’oriente l’autre personne vers la source de l’émotion désagréable, qui réside dans ses besoins. Je suis peut-être à côté de la plaque ; mon interlocuteur est peut-être plutôt frustré parce qu’il a besoin de soutien, et qu’avoir l’assurance que les ressources auxquelles il fait appel sont bien au rendez-vous, ça contribuerait beaucoup à sa paix d’esprit.

En m’intéressant avec bienveillance à ce qui se passe chez lui, je lui donne de l’empathie qui va permettre de créer de la clarté et de l’ouverture. Et moi, après l’avoir entendu, peut-être en reformulant ce qu’il me dit, je pourrais dire :

— De mon côté, quand je constate mon retard, je me sens découragée parce que j’aspire à me donner de l’espace pour être, tout simplement ; pour respecter mes limites et, en même temps, les autres autour de moi. Comment tu reçois ça ?

Vous voyez que j’enchaîne avec une demande, car la demande (ici de connexion, et qui peut aussi viser la reformulation ou l’action) est un super outil pour favoriser le lien, la clarté et la concrétisation des stratégies qui visent à nous rendre la vie encore plus merveilleuse, comme disait Marshall Rosenberg, le fondateur de la Communication non violente. Selon les contextes, je pourrais aussi « me demander à moi-même », par exemple, de noter dans mon agenda, la veille du prochain rendez-vous avec ce collaborateur, que je prends une soirée de congé tranquille à la maison pour me donner de l’espace et de la détente, favorisant ainsi ma capacité à être à l’heure pour nourrir le lien de confiance, si cela a du sens pour moi.

En terminant, je me dis que nous avons au Québec la croyance que « se sentir mal » amoindrit le « tort qu’on a causé aux autres ». Logique de punition. Et si on adoptait plutôt une logique de responsabilité par la reconnaissance de l’impact de nos actes et la réparation depuis l’élan du cœur ? Il y a là matière à un autre article !

Quand on a quelque chose à exprimer ou à demander à quelqu’un, surtout s’il y a quelques tensions dans l’air, la concision est un atout très précieux. En disant seulement un petit bout de message à la fois, on peut aller vérifier à mesure 1) ce que l’autre a compris de notre message et 2) ce qui se passe chez l’autre, ce que ça lui fait (et s’il a de l’ouverture pour entendre la suite).

La demande de reformulation

— Pour être certaine que j’ai bien réussi à exprimer ce que j’essayais de dire, j’aimerais bien que tu me dises dans tes mots ce que tu as entendu… Accepterais-tu de le faire ?

Demander à notre interlocuteur de reformuler ce qu’il a compris est une pratique (peu habituelle, je l’admets) qui présente beaucoup d’avantages : on s’assure ainsi qu’on parle bien de la même chose, et on peut se réaligner si l’autre a perçu ce qu’on cherchait à cacher plutôt que ce qu’on souhaitait vraiment dire…

Je veux dire par là qu’il arrive souvent que sans en être conscient, on ait encore un « chacal » qui a besoin d’empathie. Alors même si on dit de beaux mots, ce qui passe, c’est l’accusation que porte cette partie de nous qui prend le dessus malgré nous. Par exemple, je pourrais dire à une personne avec qui j’habite :

— Je me sens mal à l’aise quand je vois la vaisselle sale sur le comptoir depuis hier matin parce que j’ai besoin de paix d’esprit.

Donc, si j’arrête après ce petit bout pour lui demander de reformuler ce qu’elle a entendu, il y a de bonnes chances qu’elle me dise quelque chose comme :

– J’ai entendu que tu es frustrée à cause de la vaisselle !

Le « besoin de paix d’esprit » que je nommais n’a pas passé, mais plutôt mon reproche qui implique que l’autre personne est la cause de ma colère. De toute évidence, je n’ai pas touché à mon besoin, parce que quand j’y touche vraiment, la tension s’apaise et je peux offrir à l’autre le trésor de ma prise de conscience sans l’accuser de quoi que ce soit. Donc, j’ai encore besoin d’empathie, et le fait d’entendre l’autre me reformuler dans ses mots ce que je lui ai dit, ça m’en donne déjà un peu.

Un cran plus honnête

En recevant de l’empathie (et ma capacité d’empathie, comme celle de mon interlocuteur, varie beaucoup selon les moments), je peux espérer devenir un peu moins identifiée à mon chacal qui croit encore profondément que l’autre a objectivement et simplement tort, et faire une expression un cran plus honnête :

— Oui, c’est vrai que je suis frustrée. Et quand je vois dans quel état de colère je me mets par rapport à la vaisselle, je me sens assez découragée. Au fond, j’ai vraiment besoin d’empathie.

Plus vulnérable aussi, n’est-ce pas ? C’est dans cet espace de vulnérabilité qu’on a une chance de se rejoindre avant de parler de solutions concrètes, avant de faire des ententes qui tiendront en compte les besoins des deux personnes.

La demande de connexion

Je gagne à garder ça bref et à aller voir, grâce à ce qu’on appelle en CNV une « demande de connexion », ce qui se passe chez l’autre quand elle entend ça, pour faire de la place à ses sentiments et à ses besoins :

— Ça te fait quoi, quand tu entends ça ?

Et là, je prépare mes oreilles de girafe, parce que l’autre peut être touchée et ouverte (car nourrie dans son besoin de connexion, par exemple), comme elle peut être déclenchée et vivre une réaction de type « émotion désagréable » (ayant elle-même besoin d’empathie). Je respire, je fais de mon mieux pour rester présente et faire appel à la curiosité bienveillante pour me relier aux émotions et aux besoins de l’autre.

Je ne suis pas pour le moment une ceinture noire en CNV. Ça prend souvent plusieurs allers-retours pour arriver à connecter vraiment. Et c’est dans cette danse, en m’exerçant à utiliser mes oreilles de girafe vers moi et vers l’autre, que le lien peut se construire, dans l’humilité de cette authenticité encore maladroite et teintée de chacals déguisés en girafes. Peu de mots à la fois, pour me réaligner à mesure et m’assurer que je danse bien avec l’autre.

Car voilà la conscience à laquelle nous invite la Communication non violente, celle de notre interdépendance : la satisfaction de mes besoins sera plus complète si ceux de mon interlocuteur sont aussi pris en compte.